(Ci dessus) Terrain de pétanque - 2016, espace social et sculpture participative, mortier brut et teinté, granit, ardoise, sable, cendres, goudron, gravier, terre

 

Un morceau d’ici à coté d’un bout de là. Une certaine quantité d’ailleurs, mélangée à une poignée de quelque part. Un autre sol en quelques sortes, sacs et seaux. Une somme de trajets, de discrètes pelletées et des parties récupérées en amont pour être rejouées en aval. Dans un premier temps dans l’atelier, disposé le long d’un mur et qui pouvait alors évoquer une étrange plage gris-noire au sable grossier - c’est le début du chantier. Une bordure est placée et le terrain prend forme, les premiers amis passent et commencent par marcher dessus. Les avis et questions tombent, suivies de près par les premières boules de résine, plâtre, béton. Il faut se faire la main, trouver le poids adéquat et déjà ça tonne à l’étage. Une vitre éclate mais c’est le jeu. Ils repassent quotidiennement, jouent, tirent et par la même occasion concassent progressivement les gros morceaux. Ils deviennent acteurs, joueurs et ouvriers. Une façon de convoquer des énergies autour d’un lieu et provoquer ainsi la construction collective d’un espace social et hétérotopique. Un terrain de jeu, de pétanque plus précisément, improvisé à l’intérieur du bâtiment. Le terrain fut ensuite agrandi aux dimensions d’une salle et rejoué lors du DNSEP. MB

"Il devait être environ 14h. On revenait du repas, Matt venait de passer son DNSEP sans embuche (et sans surprise). Le moment de la détente était enfin là. Une petite partie de pétanque dans la salle du diplôme était la bienvenue. Une bonne occasion de faire quelques photos et videos de l’installation activée. Pour se mettre dans de bonnes conditions on s’est servi un pastis et on s’en est roulé un. Le respect de la règle des 3P ; Pétanque/ Pastis/ Pétard. À peine le spliff roulé, la porte de l’atelier de 5eme année s’ouvre, David entre dans la salle, surement pour féliciter Matthieu. Pastis dans la main gauche, main droite dans le dos, une fumée à l’odeur suspecte s’échappant de ma main droite. David, le visage dépité nous raconte le niveau d’effort nécessaire pour travailler dans une école d’art après une carrière de pompier dans l’armée. - Vous savez, vous deux, depuis que je travaille ici ; j’ai dû apprendre à mettre de l’eau dans mon vin, mais ce que vous me demandez : c’est trop. Là ça devient un grand verre d’eau avec une goutte de vin. C’est plus fort que moi, c’est au-dessus de mes moyens. On a ri, un peu gêné. En même temps, on est arrivé dans cette école avant lui et on s’est approprié tous les espaces de liberté que l’on pouvait. Difficile de nous les reprendre même avec beaucoup de poigne.

 

- T’inquiète David, encore un an ou deux et ce sera juste un mauvais souvenir.

- J’espère bien, si je tiens jusque-là.

 

David repart et nous laisse à notre partie de pétanque. Matt installe une caméra. Je le laisse ouvrir la partie. Il fait un jet parfait, la boule vient se loger collée au cochonnet. Il me jette un sourire satisfait, disant « Alors gros ! Tu peux pas test ». C’est donc à mon tour. Je pointe, et poc, ma boule prend la place de la sienne. C’est à mon tour d’avoir un visage satisfait. Il me regarde le visage crispé. Je lui fais signe en montrant la caméra. Le reste de son corps suit l’expression de son visage. On continue la partie, il fini par gagné 13 à 12, la fierté de Végéta au bout des doigts. Le terrain de pétanque à servi toute l’après-midi et la soirée. Un vrais succès.

 

Bonus David : Peu de temps après mon DNSEP, posé dans le cour avec Pierre en attendant la fin des DNSEP.

- Ha encore un an à tenir et ça va marché au pas :D, en nous regardant Pierre et moi.

Sous entendu vous êtes les derniers sur qui je ne peux pas exercer de pression (cannabis et alcool dans les locaux de l’école)"

 

Thomas Molles, artiste